Entretien avec Laurent Probst, Directeur général d’Île-de-France Mobilités
- Quelle place occupent aujourd’hui les mobilités partagées dans la stratégie globale d’Île-de-France Mobilités ?
Comme vous l’aurez certainement noté dans notre nom, les mobilités se conjuguent au pluriel et se connectent les unes aux autres. Les mobilités partagées sont donc naturellement intégrées dans la stratégie globale d’Île-de-France Mobilités, que ce soit en termes de planification à travers des actions dédiées du plan des mobilités ou des projets concrets se mettant en place depuis plusieurs années. Ces actions concrètes se sont d’abord traduites par le lancement du service Véligo Location en 2019 qui connaît un incroyable succès et qui continue son déploiement. Plus récemment nous avons aussi lancé des lignes de covoiturage ainsi qu’une application pour le covoiturage planifié. La prochaine étape à laquelle nous travaillons, un service d’autopartage en boucle.
- Quels constats ont conduit Île-de-France Mobilités à annoncer la création d’un service régional d’autopartage à l’horizon 2027 ?
Le label autopartage défini en 2019 par Île-de-France Mobilités a été une avancée importante pour soutenir les initiatives mises en place par les opérateurs et les collectivités après l’arrêt d’Autolib’. Pour autant le constat est que la disponibilité de ce type de service se limite à Paris et quelques communes de la zone dense. En tant qu’AOM de toutes les mobilités, Île-de-France Mobilités a à cœur d’assurer un accès aux services de mobilité pour toute la région Île-de-France.
- En quoi l’autopartage répond-il, selon vous, aux enjeux spécifiques de l’Île-de-France en matière de transition écologique et d’optimisation de l’espace public ?
Île-de-France Mobilités souhaite se concentrer sur l’autopartage en boucle. Toutes les enquêtes, qu’elles soient réalisées à l’échelon national ou celles que nous avons pu administrer sur le périmètre francilien, montrent une réelle complémentarité entre l’autopartage avec les transports en commun et le vélo, constituant tous deux l’ADN d’Île-de-France Mobilités.
« l’autopartage en boucle est largement vertueux en faveur de la démotorisation des ménages, voire en faveur d’un renoncement à la motorisation. »
Dit autrement, un véhicule en autopartage peut remplacer entre 5 à 11 véhicules selon les retours d’expériences français et européens. Une moindre pression sur l’espace public en le libérant d’une partie du stationnement VL est une réponse aux enjeux de transition et de résilience en faveur d’une meilleure qualité de vie des Franciliennes et des Franciliens.
- Comment ce dispositif s’inscrira-t-il dans la complémentarité avec les transports collectifs et les autres services de mobilité ?
La complémentarité s’envisage sous plusieurs angles. D’abord sur le plan spatial, nous ferons en sorte de déployer des stations aux abords des gares d’Île-de-France de manière prioritaire. Ce déploiement nécessite une implication forte des acteurs compétents sur le sujet (les collectivités au premier plan, mais aussi des partenaires historiques d’Île-de-France Mobilités tels que Gares & Connexions ou la Société des Grands Projets). Elle sera également renforcée à travers la billettique qui sera commune entre les deux services et des liens étroits avec l’univers digital d’Île-de-France Mobilités.
- Comment Île-de-France Mobilités travaille-t-elle avec les collectivités locales pour assurer un déploiement cohérent et équilibré sur l’ensemble du territoire ?
Un travail de concertation avec un certain nombre de collectivités a été mené sur l’année 2024-2025. Ce travail approfondi a permis de confirmer l’opportunité du service. Sur cette base, Valérie Pécresse, Présidente d’Île-de-France Mobilités, a décidé de lancer un service d’autopartage en boucle réparti sur toute l’Île-de-France afin de permettre un accès équitable à ce service quel que soit le lieu. Dans la phase de déploiement des stations qui seront aménagées par Île-de-France Mobilités, la mise à disposition du foncier par les collectivités est une condition forte de réussite du futur service. Des appels à candidatures successifs seront réalisés afin de recueillir toutes les propositions des collectivités, afin de déployer un réseau de stations qui soit lisible, accessible et répondant aux besoins des riverains.
- Comment envisagez-vous la collaboration avec l’Agemob pour animer l’écosystème de l’autopartage et favoriser le dialogue entre opérateurs, collectivités et acteurs publics ?
L’Agemob bénéficie d’un formidable retour d’expérience sur le déploiement de stations dans l’espace public, que ce soit à travers le service Vélib’ ou Autolib’. Des échanges entre services sont donc précieux. Par ailleurs, sur son périmètre d’intervention, l’Agemob doit être un relais essentiel des appels à candidatures auprès des collectivités afin de formaliser des retours et propositions d’emplacement par les collectivités qui soient le plus efficaces possible pour le futur service.
- L’autopartage reste encore relativement méconnu du grand public. Quels leviers comptez-vous mobiliser pour améliorer sa visibilité et son appropriation ?
La communication, la pédagogie, la notoriété d’un futur service ou encore la réalisation de plans marketing ciblés sont des enjeux clés de ce futur service. Île-de-France Mobilités et son futur délégataire seront pleinement impliqués sur ces différents aspects en phase de pré-exploitation, ainsi qu’au lancement du service et durant toute la durée du futur contrat.
- 8) Quels critères permettront d’évaluer le succès de ce service régional, tant en matière d’usages que d’impact environnemental et social ?
Comme tous les contrats d’Île-de-France Mobilités, des indicateurs de qualité de service, un travail de reporting et d’enquêtes satisfaction permettront de suivre les volets exploitation, usages du service, ainsi que les impacts environnementaux et sociaux au fil des années. Ces aspects restent encore à préciser dans les détails d’ici la publication du cahier des charges.