Entretien avec Sylvain Raifaud, Président de l’Agemob
- Sur le plan opérationnel, la qualité du service Vélib’ s’est nettement améliorée depuis 2020. Qu’est-ce qui a rendu cette transformation possible ?
Nous avons instauré un rapport de force clair et assumé avec notre opérateur Smovengo. Pas dans un esprit conflictuel, mais avec une exigence constante et des objectifs non négociables. Nous avons bataillé sur trois fronts successifs : d’abord garantir le nombre de vélos prévu au contrat dans les stations, ce qui n’était pas le cas, il manquait 3 000 vélos. Ensuite améliorer la régulation du réseau, avec des pénalités financières à la clé en cas de non-respect des objectifs depuis septembre 2025. Et enfin accélérer la maintenance. En 2024, l’arrivée de 12 000 nouveaux vélos a permis de porter le parc à près de 20 000 unités et de renouveler le parc en profondeur.
L’Agemob a également pris des initiatives en propre pour améliorer directement les conditions de fonctionnement du service. C’est le sens du plan d’extension des stations, principalement à Paris, que nous avons engagé : augmenter la capacité des stations là où la demande est la plus forte. Ces extensions, qui concernent 100 stations dans les quartiers très demandés, sont quasiment achevées. Dans ces quartiers, nous constatons une amélioration sensible de la disponibilité du service. Nous souhaitons poursuivre la démarche et l’étendre à d’autres stations prioritaires, en lien avec les communes qui doivent donner les autorisations nécessaires.
- En six ans, le nombre d’usagers a progressé de 36,5 %. Comment expliquez-vous cet engouement ?
Le développement des infrastructures cyclables a joué un rôle déterminant. Le Plan vélo métropolitain porté par la Métropole du Grand Paris a profondément transformé le réseau cyclable en Île-de-France et créé les conditions d’un usage massif du vélo au quotidien. L’engagement de la Métropole se traduit aussi financièrement : elle participe au financement des stations Vélib’ en dehors de Paris, ce qui a permis d’étendre le service bien au-delà de la capitale et de le rendre accessible à un nombre croissant de Franciliens. À cela s’ajoute l’amélioration continue de la qualité du service. Quand on peut compter sur un Vélib’ disponible et en bon état, on y revient. Nous comptabilisions 367 000 abonnés en 2020, nous en sommes à 472 000 au 31 décembre 2024, avec une croissance continue des formules payantes. En période de forte activité, nous enregistrons jusqu’à 200 000 courses quotidiennes.
- Au-delà de la relation avec l’opérateur, comment l’Agemob s’assure-t-elle que la voix des usagers est entendue ?
C’est une question fondamentale pour un service public. Un service de mobilité qui ne s’appuie pas sur ses usagers pour s’améliorer passe à côté de l’essentiel. Depuis 2018, Vélib’ Métropole s’est doté d’un Comité des Usagers, le CUVM, composé de 100 membres tirés au sort, représentatifs des profils d’usagers et du périmètre métropolitain. Je préside ces séances, qui se tiennent environ une fois par trimestre et font l’objet d’un compte-rendu public.
« C’est un espace de dialogue que nous prenons très au sérieux, les membres du CUVM sont des observateurs du terrain irremplaçables. »
Nous sommes allés encore plus loin en 2023 avec l’organisation d’un hackathon ouvert à tous usagers, développeurs, citoyens. L’idée était simple : faire confiance à l’intelligence collective pour imaginer des améliorations du service. Les résultats ont dépassé nos attentes. L’équipe lauréate du prix « information usagers » a proposé ce qui est devenu la carte de chaleur, désormais disponible sur l’application Vélib’ et qui permet à chaque usager de visualiser en temps réel l’état du réseau. Smovengo travaille également avec l’équipe lauréate du prix « régulation » à la mise en œuvre de leur projet. Ce sont des initiatives dont nous sommes fiers, parce qu’elles montrent qu’on peut faire autrement.
- L’Agemob a traversé la période des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Qu’est-ce que cet événement a représenté pour le service Vélib’ ?
Les JOP de Paris 2024 ont été les premiers Jeux véritablement cyclables de l’histoire. Vélib’ y a joué un rôle central, avec le déploiement de stations géantes à proximité des sites de compétition pour absorber des pics de fréquentation exceptionnels. Nous souhaitons désormais inscrire ce dispositif dans les réflexes des organisateurs d’événements sportifs et culturels, et nous nous réjouissons qu’il ait d’ores et déjà été intégré dans la charte des événements écoresponsables de la Ville de Paris. C’est une reconnaissance concrète du rôle que peut jouer Vélib’ dans la transformation de nos façons de nous déplacer lors des grands rendez-vous collectifs.
- En 2022, le Syndicat Autolib’ Vélib’ Métropole est devenu l’Agemob, et au-delà du vélo, les mobilités partagées recouvrent des réalités très diverses. Que traduit ce changement et comment l’Agemob se positionne-t-elle dans cet écosystème en pleine évolution ?
Nous ne sommes pas seulement le gestionnaire de Vélib’, nous sommes un acteur des mobilités partagées au sens large, au service des habitantes et habitants du Grand Paris. Notre rôle est d’être un interlocuteur de confiance pour les collectivités du Grand Paris sur l’ensemble de ces sujets : les accompagner dans leurs réflexions, apporter une expertise, porter des positions. Sur l’autopartage par exemple, nous suivons de très près le développement d’un nouveau service public en Île-de-France et nous nous tenons prêts à mettre notre expertise, notamment celle développée lors du pilotage d’Autolib’, au service d’Île-de-France Mobilités.
« Nous avons des convictions fortes sur ce que doit être un service de mobilité partagée : accessible à toutes et tous, adapté aux besoins réels des territoires, et pensé sur le long terme. »